Ce Raid Provence Extrême j'avais prévu de le faire sur le vélo... Malheureusement ces derniers mois n'ont pas
été propices à une préparation normale pour ce genre d'épreuve très particulière. C'est donc en qualité de "commissaire de course" que je participe au RPE, confortablement blotti dans une voiture
de l'organisation.
Confortablement c'est le mot... Certains diront qu'il faut être vraiment passionné pour suivre des cyclistes
évoluant tant bien que mal au coeur de cette magnifique Provence à la recherche d'un plaisir masochiste. Et bien oui, passionné je le suis ! Encore plus depuis ce week-end durant lequel l'essence
même du cyclisme a transpiré sur les routes surchauffées du Ventoux et dans les lacets humides du Verdon.
Le cyclisme est beau, l'effort est noble. Ce week-end, sur les routes du RPE, 45 puristes ont renoué avec les
fondements de ce sport magnifique. L'effort gratuit, l'amour du dépassement de soi dans le seul but de vaincre ses propres craintes, ses propres limites... J'ai eu la chance d'être le témoin de
cela.
C'est aussi grâce à Michel et sa famille que j'ai
pu vivre cette expérience. Dépourvu de moyen de locomotion, ils ont très gentiment accepté de me convoyer de Champ sur Drac à Saint Rémy de Provence. Merci à vous trois !
Nous débarquons en Provence en début d'après-midi vendredi. Pendant que je retrouve Patrick François et son
équipe, Michel va prendre ses quartiers et se préparer pour sa course. C'est ainsi que je fais la connaissance de Dominique Briand.
Un grand bonhomme ce Crazy Gone ! Nous contrôlons les vélos au fur et à mesure des arrivées des concurrent(e)s.
Je retrouve également des têtes connues : André Perez assisté
de sa Patricia survoltée, Thierry Saint-Léger, Anne et Mark Haycraft, Laurent Koskas, Pascal Lacarin... La petite famille se
retrouve, souriante et enthousiaste. Viens ensuite le briefing, les dernières recommandations sont remises aux coureurs et aux assistances. Les oreilles sont attentives, les jambes fourmillent
d'impatience. Rendez-vous est pris pour le lendemain matin !
Le soir venu, nous autres, bénévoles, nous retrouvons un peu à l'écart de Saint Rémy pour faire connaissance,
admirablement bien accueilli par Odette. L'ambiance est chaleureuse, les rires puis fous-rires éclatent lorsque Roland (champion d'Europe Master de poursuite 2009, 3ème des épreuves de vitesse et du 500m !) et Robert se
lancent dans leurs sketches. Voilà une bien belle équipe de passionnés !
Samedi matin. Nous retrouvons certains Grands Randonneurs pour acheminer leurs montures vers Bédoin. Parmis eux
Yann, alias Benny, membre actif du forum de l'Ardéchoise. Nous ferons plus ample connaissance dans la voiture, en route
pour le pied du Géant.
A Bédoin je retrouve également Jaky et mon père venu prendre le pouls. C'est particulier le départ d'un RPE. Je l'ai découvert
l'année dernière, cette saison je le vis encore en spectateur, en attendant 2011...
Pour le moment nous sommes nous aussi prêts à suivre ce RPE, prêts à tout faire pour que ces deux jours de vélo
soient aussi agréables que possible à tous les participants.
De gauche à droite : Patrick, Robert, Alain, Dominique, Laure, Alex, Roland, Gisèle, et moi-même derrière
(on se demande bien pourquoi...)
Les voitures arrivent, les uns et les autres se retrouvent, se motivent pour cette nouvelle aventure. J'aurais
la chance de suivre les Grands Randonneurs, ces fous furieux qui se lancent dans une aventure de 585km et plus de 9000m de dénivelé sans aucune assistance.
9h30, il est l'heure. Le petit groupe, fébrile, s'élance, encadré par nos voitures. Jusqu'à Malaucène les
velléités sont jugulées par un tempo rassurant. Virage à droite, un panneau indique : "Mont Ventoux, 21km"... C'est parti !!!
Bien qu'étant la première difficulté de ces 585km, le Ventoux se révélera être le juge de paix de ce RPE. Il y
fait chaud, les premières chaleurs de la saison. Les organismes souffrent mais les visages sont radieux.
Les kilomètres défilent, voilà déjà le premier contrôle à Aurel. Je retrouve Jaky et mon père qui ont fait le
tour du Mont Chauve par la vallée du Toulourenc. Tous ont le sourire, la journée s'annonce belle... mais pour combien de temps ?
Le plateau d'Albion est avalé sur la plaque, les groupes se forment pour retarder autant que possible le retour
des Ultras partis 1h30 plus tard.
Voilà déjà Manosque, Robert (mon pilote et excellent camarade au demeurant) file pour remonter les groupes,
déjà bien dispersés. Les premiers filent à toute allure sur Moustier Sainte Marie, sublime village perché qui marque un tournant important dans le déroulement de cette épreuve. Le Verdon est au
menu, une boucle magnifique mais au combien délicate à appréhender.
Avant cela tout le monde s'arrête à Aiguines pour le 3ème contrôle. Aiguines, porte d'entrée dans le Verdon,
jusque là chacun a été capable d'assurer. C'est maintenant que les choses sérieuses commencent. Certains s'arrêtent longuement, d'autres à peine le temps d'apposer l'indispensable
signature.
Déjà les premiers abandons, jamais faciles à vivre que ce soit pour le coureur, son assistance et même nous...
L'investissement est immense pour pouvoir se présenter au départ, le renoncement ne peut être que très dur à encaisser, surtout quand la douleur n'est pas due à l'épreuve même mais à une mauvaise
chute à peine quelques jours auparavant.
La Corniche Sublime ! Un des passages mythiques du parcours. Elle se mérite cette corniche, l'ascension est
dure, longue. Mais quelle récompense de basculer au sommet en ayant ce panorama sur les gorges !
La descente est rapide mais la route devient humide. Un orage a éclaté quelques minutes plus tôt, rendant
l'atmosphère lourde, moite. Pour certains cela commence a devenir vraiment difficile, les compteurs sont en berne. Mais tous continuent à avancer, chacun à son rythme, vers Trigance afin de
remonter de plus belle sur l'autre rive.
L'orage revient et déverse toute sa colère sur nos malheureux cyclistes... Les organismes souffrent de plus en
plus, la rupture est proche pour certains. Et pourtant, courageusement, les jambes tournent encore, et encore, et encore.
La nuit tombe maintenant. Les premiers sont déjà sortis des gorges tandis que la grosse majorité du groupe
grimpe encore cette interminable route. Les abandons se succèdent, souvent provoqués par une forte déshydratation. Quelques coureurs ont été au bout de leurs forces et s'écroulent à côté des
voitures, épuisés. D'autres préfèrent renoncer avant d'en arriver à ce stade, dépités, parfois en colère après eux-même malgré tous les efforts consentis.
C'est dur d'être le témoin de ces scènes, encore plus quand ce sont des amis qui jettent l'éponge ainsi devant
moi... Je ne sais plus que dire, que faire pour apaiser ce sentiment d'impuissance. Moi qui aurait tant aimé courir ce RPE, je découvre la dure réalité de l'Ultra. Et pourtant sans cette
souffrance le RPE n'aurait pas la même saveur.
Au milieu de tout cela nous retrouvons Anne, radieuse, évoluant comme au paradis des cyclistes. Je sais qu'elle
aime la nuit, cette ambiance si particulière qu'elle traverse sans laisser aucune prise au doute et à la fatigue. Il n'y a qu'elle qui s'est réjouie lorsque nous avons annoncé que la boucle des
Crêtes, un temps menacée, serait finalement escaladée. Mais comment pouvait-il en être autrement de sa part ?
La Palud sur Verdon... A ce moment nous sommes pris de doutes dans les voitures... C'est une véritable
hécatombe, les abandons se succèdent. Si ce n'est pas trop gênant en ce qui concerne les Ultras, c'est beaucoup plus problématique pour les Grands Randonneurs qui sont sensés se débrouiller par
eux-même. Mais nous ne pouvons pas laisser ces coureurs, pour certains bien mal en point, au bord de la route. Et c'est à ce moment précis que Jérôme Deloge, formidable sur son vélo couché depuis
le départ, prend contact avec l'organisation : il a chuté dans la descente sur Moustier, sa machine est hors d'usage... La tuile...
Gisèle va le chercher pendant que nous prenons nos marques au contrôle n°4 de La Palud. Quand elle revient nous
découvrons Jérôme plein d'entrain malgré sa chute spectaculaire. Il s'est assoupi et a fini sa course dans un buisson après avoir fait la culbute au dessus d'un muret. La fourche de son vélo est
cassée nette, impossible pour lui de continuer. Mais comment allons nous faire pour le rapatrier ?
C'est Philippe Chassagne et son assistance qui nous offrirons la solution en prenant le vélo blessé avec eux.
C'est que c'est particulièrement encombrant un vélo couché ! Jérôme reste avec nous, nous le ramèneront sur Saint Rémy au petit matin, en compagnie de Benny qui n'aura malheureusement pas vu la
ligne d'arrivée, lui aussi vaincu par des problèmes d'alimentation.
C'est avec une grande émotion que nous devons également avertir les quatre derniers concurrents que nous ne
pouvons plus maintenir tout ce dispositif pour eux. Ils ont plusieurs heures de retard sur l'horaire prévu, près de deux sur le concurrent qui les devance. Ils poursuivront l'aventure en
auto-pointage, en dehors de l'organisation prévue. Encore une facette que je ne connaissait pas, très dure. Mais c'est le lot des Grands Randonneurs, ils sont autonomes et doivent savoir rentrer
par leurs propres moyens. Leurs sacs acheminés au contrôle de Céreste seront mis à leur disposition à la boulangerie du village, ainsi ils pourront se ravitailler et récupérer leurs affaires.
Bonne route les gars !
En quittant La Palud Jérôme nous demande de nous arrêter à l'endroit de sa chute afin de remettre la main sur
une sacoche perdue. Nous découvrons alors la chance qu'il a eu : à deux mètres près il finissait sa course plusieurs dizaines de mètres en contrebas, dans le Verdon... Sa bonne étoile veillait
sur lui !
Nous sommes très en arrière des derniers concurrents, Robert fonce dans la nuit pour rattraper ce retard. Au
contrôle de Valensole nous sommes encore une quinzaine de minutes derrière, nous fermons rapidement (en remerciant chaleureusement les bénévoles qui nous attendus) et reprenons notre course
poursuite. Nous doublons enfin Alex Joris, tout sourire, en sortant de Gréoux les Bains. Nous l'encourageons vivement et poursuivons vers le contrôle de Céreste en traversant les villages
endormis et en lâchant toujours un petit mot à ceux que nous rattrapons.
Céreste voit poindre le jour. Les visages sont pâles, les traits tirés par la fatigue, la lassitude. Mais
qu'est ce qui peut bien pousser un cycliste à poursuivre sa route quand son corps crie stop ? Pourquoi aller chercher toujours plus loin ses limites, à la recherche de quoi sont-ils partis
?
Nous restons un long moment à Céreste, suffisamment pour que Robert puisse s'octroyer quelques minutes de
sommeil. Quant à moi je suis en pleine forme, aux aguets de tout ce qui peux se passer à chaque minute. J'admire tous ces gars (et fille !), qui doivent piocher dans leurs réserves de motivation
pour continuer à avancer alors que d'autres, comme André, se refont une santé et abordent cette nouvelle journée avec une vigueur étonnante. C'est aussi ça l'Ultra, la forme retrouvée après un
monstrueux passage à vide. Quand nous autres, cyclistes "normaux", posons pied à terre pensant être fatigués, eux remontent en selle et vont trouver dans leurs tripes la force nécessaire pour
poursuivre l'aventure.
Le soleil est à présent bien sorti derrière les collines. Nous allons abandonner un moment le RPE pour ramener
Benny et Jérôme à bon port. Nous remontons toutefois le parcours jusqu'à Gordes en passant par les cols de Murs et des Trois Termes.
Mais à peine un petit déjeuner avalé nous nous interrogeons avec Robert alors que le premier concurrent, Franz
Venier, est attendu : on y retourne ? Un peu oui !!! Direction la côte de Charleval, nouvelle option compte tenu des travaux dans la redoutée côte de Sainte Anne. Nous y retrouvons Alain et
Dominique, ainsi que le milieu du peloton des Ultras.
Nous restons là un long moment, bien décidés à faire honneur aux deniers Grands Randonneurs. Nous irons
finalement à leur rencontre avec Alain avant de revenir au contrôle pour finir ce RPE en leur compagnie.
Le RPE touche à sa fin, nous nous dirigeons vers Mouriès pour fermer le contrôle puis sur Saint Rémy non sans
avoir encourager une dernière fois Eric et Alex qui ferment la marche. Nous ne sommes malheureusement pas à Saint Rémy pour les accueillir mais nous les féliciterons vivement un peu plus
tard.
La journée se termine comme d'habitude autour d'une paella, dans la bonne humeur. Certes il manque quelques
coureurs, certainement trop touchés par cette aventure pour revenir ainsi parmi les autres. Ce n'est pas pour cela que nous ne pensons pas à vous !
La traditionnelle remise des prix permet de conclure en beauté cette 7ème édition du Raid Provence Extrême avec
une note d'émotion. Patrick ne sait pas si il sera en mesure d'assurer l'organisation de l'épreuve à l'avenir, ce qui serait une perte énorme pour tous ceux qui ont pris l'habitude de se
retrouver sur les routes de Provence chaque année.

Un dernier mot de Patrick, qui résume très bien l'ambiance de ce RPE : "Le vainqueur, c'est le parcours." C'est
vrai, indéniablement. Pendant plus de trente heures nous avons voyagé au milieu des plus beaux paysages de notre belle Provence. Un parcours somptueux et exigeant, qui élève au rang de
bienheureux ces nouveaux forçats de la route.
Pour ceux que les résultats intéressent, vous les retrouverez sur Vélo Concept.