Sébastien devait nous rejoindre dans le sud pour prendre part à cette partie de manivelles, mais à peine une semaine après son REV dans des conditions météo difficiles il a choisi de faire l'impasse. Sage décision, la chaleur et l'enchaînement des difficultés a fait de nombreuses "victimes".
Dimanche nous avons rendez-vous à Montélimar pour la présentation de la patrouille Eco Cyclo qui est présente pour la première année sur l'Etape du Tour. C'est un geste très important pour l'épreuve, du moins il me semble après ce que j'en ai vu l'année dernière. Comme pas mal d'épreuves de masse importantes (hors Ardéchoise !) la gestion des déchets est problématique. Prenons conscience que notre comportement peut mettre à mort notre pratique.

Nous récupérons donc nos dossards puis passons un petit moment sur le stand de la FFC avec certains membres de la patrouille. Retour à nos pénates en fin d'après-midi pour finir les préparatifs.
Lundi matin, le réveil sonne à 3h30. Que c'est dur ! Cependant il nous faut être partis une heure plus tard pour ne pas subir les inévitables bouchons qui vont se former autour de la cité du nougat. Ma femme nous dépose à la sortie de l'autoroute et nous rejoignons Montélimar en vélo en guise d'échauffement dans les premières lueurs du jour. Le trafic est déjà très chargé et la route sera complètement bloquée à peine 15 minutes plus tard. C'était tout juste.
Nous arrivons dans notre sas très tôt. Peu après Mark et Anne Haycraft nous rejoignent. Mark semble bien remis de ses 9 grimpées du Ventoux le week-end précédent. En bon adepte de l'effort long et solitaire il arrivera à enchaîner avec cette EDT dans un temps honorable. Voilà qui inspire le respect.
Le temps est idéal pour affronter le Ventoux. Il fait très beau, déjà 18°C à 6h30 et pas un souffle d'air. Il risque néanmoins de faire très chaud dans les rudes pentes du Mont Chauve.

A 7 heures pétantes le coup d'envoi est donné. Enfin pour le premier sas, nous nous partons 26 minutes plus tard. C'est très lent jusqu'à l'arche de départ puis les chevaux sont lâchés. C'est parti !
J'ai pris la décision de faire la course avec mon père jusqu'au pied du Ventoux. Ma forme actuelle ne me permet pas de faire un temps, alors autant partir prudemment et bien profiter des roues. Nous remontons assez rapidement jusqu'au pied de la côte de la Citelle. Première bosse sur la plaque, comme prévu, nous remontons encore très rapidement les 6500 coureurs partis devant nous. Dans la descente premier gros coup de frein. Le peloton est arrêté à cause d'une chute. Un gars est au sol, sérieusement touché semble-t-il. Cela me rappelle quelque chose...
La course se poursuit, rapide mais pas débridée. Il y a une très grosse différence de niveau entre les groupes qui remontent et ceux qui se font reprendre ce qui occasionne quelques belles vagues sans accrochage. Petite remontée dans Rousset les Vignes, toujours sur la plaque. Pour le moment les sensations sont bonnes.
Faux plat descendant très rapide sur Nyons, toujours en remontant. Nous prenons ensuite un petit vent de face, donc je me blotti dans les roues jusqu'au carrefour de la route de Sainte Jalle. Même route fermée c'est la portion la moins agréable du parcours. Les paysages redeviennent plus sympas dans le faux-plat remontant vers le pied de la seconde difficulté. C'est là aussi que je sens les cuisses durcir. Nous roulons depuis moins de 2 heures, ce n'est pas bon signe. Je reste dans les roues, jouant la prudence. Je ne met le nez dehors que pour boucher des petits trous qui se forment au gré de la remonté des groupes.
Le col d'Ey. Au pied je recommande à mon père de laisser filer les gars avec qui nous étions depuis le départ ou presque. Il ne faut pas se brûler trop tôt. D'ailleurs nous allons retrouver ces mêmes types quelques kilomètres plus loin.
Vers le milieu de l'ascension un gars m'interpelle en anglais avec un fort accent allemand. Il est habillé 100% Canyon et me demande mon impression sur le vélo. En fait il bosse pour Canyon qui a présenté au départ une délégation de ses employés.
Sommet du col, jonché de détritus. Une zone de délestage y a été installé mais les déchets des concurrents ont largement débordés au delà de la zone prévue. Descente rapide sur un revêtement totalement neuf. Merci le Tour ! Je m'y fait plaisir et attend mon père une trentaine de seconde au pied, après avoir séparé deux imbéciles à la limite d'en venir aux mains. En pleine descente à 60km/h, faut vraiment être con.
Mon père souhaite faire une pause au ravito de Buis les Barronies pour faire le plein des bidons. J'ai encore de quoi faire donc je le laisse et m'arrête quelques encablures après le village pour une pause technique. Nous repartons ensemble pour la troisième bosse, le col de Fontaube.
Dans le carrefour entre la route de Buis et celle du col il y a un nombre impressionnant de spectateurs. Drapeaux, banderoles, tout y est. On a vraiment l'impression d'y être. Dans ce col aussi la route a été refaite. Le rendement est bien meilleur que lors de la reconnaissance mais nous ne reprenons plus de temps par rapport au mois de mai. Nous avons 15 minutes prises dans la première heure, mais depuis plus rien. Oups...
Au col le Ventoux se découvre sous sa face la plus impressionnante. Tout le monde lève les yeux mais personne ne dit mot. La pression monte d'un cran.
Encore des spectateurs du côté de Brantes puis du col des Aires. Ils ont organisé des ravitos sauvages offrant sandwiches et eau à profusion. C'est un peu l'ambiance Tour de France, on se sent presque pousser des ailes. Presque parce que les jambes sont de plus en plus dures.
La remontée de la fin de la vallée du Toulourenc est plus simple qu'en mai car sans vent contraire et en groupe. Viens ensuite la montée vers Aurel, qui use encore un peu les cannes. Je peux toujours accélérer franchement mais je crains les crampes. Elles arriveront juste après Aurel. Je tente de m'étirer les quadriceps sur le vélo en profitant du léger faux-plat descendant vers Sault. Grosse erreur c'est là qu'une grosse crampe aux ischios me prend. Je la fait passer assez rapidement mais j'ai perdu le contact avec mon groupe et mon père par la même occasion.
A Sault je fais une pause pour faire le plein des bidons. J'ai fait le choix de m'arrêter aux ravitos exclusivement liquides pour perdre mois de temps. Cela me donne aussi une petite minute pour faire définitivement passer cette crampe. Je repars pratiquement seul et tente de revenir sur un groupe. C'est chose faite au pied du col Notre Dame des Abeilles.
Il commence à faire chaud, mon compteur indique 28°C. Les premières rampes sont raides mais cela ne dure pas. Les premiers dossards 9000 me passent, comme des fusées. Pas le même rythme. Pourtant même si je ne suis pas au top de ma forme je remonte toujours beaucoup de monde. Encore un col de passé, plus qu'une bosse !
Petite devinette : où suis-je ?Descente rapide, mais pas trop, je suis relativement isolé. Et ne voulant pas prendre une position inconfortable qui ferait revenir les crampes je ne peux pas prendre de vitesse. Nous traversons Villes sur Auzon sous les encouragements des gamins d'un centre aéré et des habitants attablés aux bars pour l'apéro. Il y a un groupe à peine 100m devant mais nous ne sommes que deux. Il nous faudra 4km pour rentrer et les crampes reviennent.
Mormoiron, remontée calme dans le village. Les visages sont crispés, le Ventoux se dresse, impressionnant. Un mec se tourne vers moi : "Et maintenant ça va être l'Enfer". Je lui répond : "Ce n'est qu'une bosse, nous la passerons comme les autres". Oui mais ce fut long pour en venir à bout.
Bédoin, gros ravitaillement. Tous le groupe s'arrête, sauf moi. J'ai encore les bidons bien pleins et une bouteille dans le dos. Donc j'attaque ce Ventoux pour venir à bout de ma 17ème montée de l'année. La plus longue, la plus dure. Je voulais mettre moins d'1h30, je battrais mon record... de lenteur ! Mon père, qui lui s'est octroyé une pause, me rejoint et file doucement, plus en jambes que moi.
Jusqu'à Sainte Estève ça va à peu près. Je remarque beaucoup de bouteilles et de tubes sur la route. Y a encore du boulot de ce côté là.
Dès les premières grosses rampes, c'est tout à gauche. Si je ne veux pas être repris par les crampes il faut que je gère mon effort. En fait je n'ai pas trop le choix je n'arrive même pas à accélérer.
Au fil des kilomètres va vitesse faiblie. Le dérailleur est bien calé sur le 27, rien ne pourra l'en déloger. Les encouragements des nombreux spectateurs font du bien, mais cela ne donne pas vraiment de force. En plus beaucoup sont en train de siroter un petit apéritif anisé qui me ferait bien plaisir à ce moment là. Je suis à deux doigts d'en quémander un quand mon orgueil me ramène sur la pente. Je vais en chier, mais cette fois je finirai. Pas question de laisser tomber encore une fois !
A mi-pente les pompiers nous offrent un rafraîchissement salvateur en nous aspergeant. Il fait très chaud (33°C) je dois m'asperger très régulièrement pour faire descendre un peu ma température corporelle. J'ai la tête comme un autocuiseur, les pieds me brûlent, le soleil me cuit les bras et les cuisses. Je dois faire une pause à l'ombre pour récupérer un peu. L'effort n'est pas physique, ma FC reste basse, mais mental. Je dois me motiver pour arriver au sommet.
J'avais prévenu après la reconnaissance que nous avons faite en mai qu'il y aurait de grosses galères en cas de chaleur. Je n'ai pas eu tort mais je ne pensais pas en être. Je suis sur la partie droite de la chaussée pour laisser le champ libre à tous ces cyclos qui me dépassent les uns après les autres. Mais il y a aussi pas mal de monde à pied, cela doit-il me rassurer ?
Le Chalet Reynard, enfin. 1h45 pour arriver là... Je fais une pause de 5 minutes pour remplir les bidons et me vider une bouteille d'eau sur la tête et dans les chaussures. Je commence à avoir très faim. Mais rien que de l'eau au ravito alors j'ingurgite mes deux derniers gels. Maintenant je sais que le plus dur est fait. Je n'ai plus qu'à finir. Plus qu'à...
Les 6 derniers kilomètres sont moins durs mais je ne roule pas plus vite pour autant. Les camping-cars sont déjà alignés au bord de la route pour le passage des pros samedi prochain. En attendant ils nous encouragent et proposent leur aide à ceux qui sont le plus dans le dur.

Quant à moi je ne vois plus que ma roue avant, j'ai débranché le cerveau. Je connais tous ces virages par coeur, pas besoin de lever la tête. Petit à petit le sommet se rapproche, doucement la joie de venir à bout du Géant augmente. Dernière épingle, je tombe deux dents pour finir en beauté. Geste totalement inutile mais je suis vraiment content d'avoir fini cette course. Je suis comme tout ceux qui sont venus ici, heureux d'être arrivé au sommet... en 2h30.
Bascule immédiate vers le Mont Serein pour retrouver mon père arrivé une demie heure plus tôt. Il n'est pas vraiment satisfait de sa course, mais la saison a été longue nous n'avons plus le niveau du mois dernier. Il est temps de se ravitailler, je meurs de faim !
Malheureusement nous serons témoins du ballet incessant des ambulances qui vont chercher les victimes de la chaleur. Il y a eu beaucoup de défaillances, certaines très impressionnantes.
Nous allons récupérer notre musette (un peu plus garnie que l'année dernière mais cela ne vaut pas les autres cyclos, loin de là !) et retournons à la voiture pour manger. Connaissant la "générosité" d'ASO nous avons prévu de quoi nous rassasier.
Le bilan de la journée n'est pour moi pas mauvais malgré un résultat très très en deçà de mon meilleur niveau. Je suis arrivé à finir cette course, c'est la seule chose qui m'importe. Je n'ai pas abandonné. Et en même temps je me suis retrouvé galérien dans ce Ventoux que je connais comme ma poche. Il m'a fait souffrir, mais j'y reviendrai, encore et toujours, et ce dès la fin de la semaine !
La course en chiffres :
Distance : 175 km
Dénivelé : 3640 m
Durée réelle : 7 h 16
Vitesse moyenne : 24.1 km/h
Classement réel / caté : 1659 / 520
La télémétrie :





