Partager l'article ! Mercredi 18 mai - Qu'est ce qu'il est dur !: Depuis samedi dernier je suis revenu en Provence, pour la semaine. Si le premier week-end ne m'a pas ...
Depuis samedi dernier je suis revenu en Provence, pour la semaine. Si le premier week-end ne m'a pas permis de sortir le vélo (par contre j'ai redécouvert le Mistral !) je met les bouchées doubles depuis. Après une belle séance de travail de force dans les Dentelles de Montmirail mardi, c'est Ventoux que je vise ce jour avec comme objectif de faire tomber la barre des 1h20 qui m'a échappée de peu - 1h20'47 - il y a maintenant 3 ans (déjà !).
Par contre pas question de me contenter d'une grimpée sèche, une cinquantaine de kilomètres d'approche me permettront de bien m'échauffer. Pour ce faire je retrouve mes vieilles habitudes et prends la direction de Pernes les Fontaines, Saint Didier puis Vénasque. Ces routes sont bordées de cerisiers croulants sous de belles quantités de fruits bien rouges.
Le temps est idéale pour "faire un chrono" dans le Ventoux. Un léger voile nuageux empêche le soleil de cogner trop fort sans toutefois occuper le sommet du Géant, ce qui aurait compromis la tentative. Par contre nombreux sont les cyclistes que je croise avec manchettes, voir jambières, alors qu'il fait tout de même plus de 20°C.
Les petites bosses font ressortir la fatigue de la veille. Les jambes ne répondent pas forcément bien aux sollicitations, laissant un petit doute s'immiscer dans mon esprit. Je sais que je suis largement capable de faire cette ascension en moins d'1h20, les chronos réalisés dans le Luitel ou le col de la Morte ses derniers temps en attestent, mais il est long ce Ventoux. Je me souvient très bien les tentatives infructueuses par excès d'optimisme, les coups de barres dans les derniers hectomètres qui m'ont collé à la route. Ne suis-je pas en train de me lancer dans une nouvelle galère de ce genre ?
Pour le moment cela ne m'empêche pas d'avancer, et de redécouvrir des routes qui ont parfois sensiblement changées depuis mes dernières visites. Ce qui ne change pas c'est la difficulté de faire cohabiter cyclistes et automobilistes pressés, voir totalement irrespectueux du code de la route. C'est à se demander si il s'applique dans cette région.
Mallemort, Méthamis, Mormoiron, la traversée de ces villages me rapproche petit à petit du pied du Géant de Provence. La densité d'adeptes de la petite reine augmente, tout comme le nombre de langues que j'entends parler. Nous sommes nombreux à vouloir nous faire mal aujourd'hui !
Dernier rond-point, la ligne au sol... top chrono ! Je m'applique à rouler très calmement tant que la route ne s'élève pas réellement. Les premières pentes "d'échauffement" jusqu'au fameux virage de Sainte Estève ne font que confirmer mes sensations : j'ai les jambes dures. Peu importe, je dois avoir assez de marge pour atteindre mon objectif. D'ailleurs la vitesse que je parviens à maintenir dans les premières rampes font remonter la confiance. Je passe devant le Pavillon de Rolland en moins de 28 minutes, c'est tout bon.
Mais doucement il devient plus dur de maintenir le rythme sans me mettre dans le rouge. La vitesse chute d'1km/h, puis d'un autre, que je ne parviens à regagner qu'à grand-peine lorsque la pente s'adoucie un peu. Plus que 2km avant le Chalet Reynard, un coup d'oeil au compteur m'indique que je suis tout juste sur les bases de 1h20. Ça va être tendu, il va falloir que j'aille le chercher ce chrono. Du coup dès que la pente le permet je retombe une dent, pour grappiller la moindre seconde qui est à ma portée.
Voilà le Chalet, après 55'45 de grimpée. Le vent, jusque là inexistant, me cingle le visage. Le Mistral soufflerait-il sur ce sommet dégarni ? Non, ce n'était qu'un courant d'air qui n'entravera pas ma progression. Le dos commence à me faire souffrir, encore. Je l'occulte, ce n'est lui qui me dictera une nouvelle fois sa loi. Si près du sommet plus rien ne peut m'empêcher de me dépouiller.
Ces ultimes kilomètres se passent bien, reste le dernier à négocier. A chaque ascension j'ai dû lutter pour ne pas m'écrouler à ce moment, mais pas cette fois. Au col des Tempêtes le chrono en est à 1h17 tout rond, il ne me reste que 3 minutes pour faire les 800 mètres qui me séparent du sommet. A fond, je fini pied au plancher avec ce qu'il me reste comme énergie, alors que les crampes commencent à poindre. Dernier virage, dernière rampe debout sur les pédales : 1h19'29. Objectif atteint.
Si en bas le temps était idéal, à 1912m d'altitude il fait plutôt frais. Le soleil est totalement masqué et une légère brise renforce la sensation de froid. Je me couvre rapidement avant de savourer ma récompense : de la crème de marrons. Comme d'habitude une fois les beaux jours installés il y a beaucoup de monde. J'observe toute cette agitation en dégustant ma crème de marrons, les touristes en short surpris par la fraîcheur, les cyclos plus ou moins fatigués mais tous heureux d'en avoir fini. Je ne traîne quand même pas trop en m'engage dans la descente vers Malaucène.
Le premier kilomètre est vraiment froid. Heureusement cela ne dure pas et je peux enfin me libérer sur cette route que je connais par coeur. Dans la grande ligne droite sous le Mont Serein je rattrape deux motards en promenade et profite de leur aspiration pour gagner encore quelques km/h. Le compteur frôle les 100km/h sans toutefois les atteindre, autant dire que le freinage pour aborder l'épingle au bas de cette ligne droite est musclé. J'adore ! Le reste de la descente est plus calme, avec néanmoins une seconde portion à près de 90km/h. A Malaucène une pause s'impose, pour faire le plein des bidons et enlever manchettes et coupe-vent.
Le retour au bercail se fait par des routes sans difficultés, en passant par Le Barroux, Beaume de Venise puis Sarrians. Ces kilomètres en plaine sont mis à profit pour faire remonter un peu une moyenne mise à mal par le Ventoux, mais sans trop forcer pour ne pas réveiller les crampes qui semblent toujours aussi proches.
La sortie en chiffres :
Distance : 136.4 km
Dénivelé : 2170 m
Durée : 4 h 42
Vitesse moyenne : 29.0 km/h