Une semaine après la déconvenue de l'Ardéchoise j'ai bien l'intention de ma rattraper sur cette superbe épreuve de montagne.
Compte tenu de mes sensations dans les bosses cette année je devrais être capable de faire un bon résultat.
Comme d'habitude nous partons la veille avec mon père pour prendre nos quartiers à Foix. La première chose que l'on voit en arrivant sur cette ville c'est son magnifique château. Dommage que de
sombres nuages ternissent le tableau.
Nous allons tout de suite à Tarascon sur Ariège, lieu de départ de cette édition 2009. Le village est sympathique et des activités (cyclistes évidement) sont proposées aux plus jeunes. Nous
retirons rapidement nos dossards et repartons pour Foix après avoir reconnu, en voiture, la première difficulté du lendemain.
Dans la soirée il commence à pleuvoir. Soyons optimistes, Météo France nous a promis une belle journée pour la course.
Samedi 5 heures, il fait encore nuit, la première indication est qu'il fait frais. A peine plus de 10°C mais au moins il ne pleut plus. Nous nous préparons et découvrons un ciel encore très chargé
lorsque la lumière du jour fait son apparition. Il commence même à pleuvoir quand nous partons en direction de Tarascon. Pourquoi on n'a jamais droit au soleil ?!?
Nous déposons la voiture à Auzat où sera jugée l'arrivée alors que doucement les nuages se déchirent pour laisser appaître un peu de ciel bleu. Espoir ! Nous nous échauffons en rejoignant Tarascon
où nous tournicotons un peu avant d'accéder aux sas. Je pars en prio (je suis d'ailleur le premier arrivé) alors que mon père n'a pas eu ce privilège. Cela n'a que peu d'importance sur ce type de
tracé, les écarts sont souvent vite faits.
Rencontre avec Patrick François qui me propose de rejoindre la Patrouille Eco Cyclo. Changement de maillot, photo et attente du départ. Je commence à avoir froid.
Départ à 8h30 sous les ordres de Bernard Thévenet (mais il a oublié son vélo !). Je reste aux avants postes pour sortir de la zone urbaine en évitant ainsi les accélérations et les risques de
chute. Ensuite c'est étrangement calme. Le faux-plat montant vers Vicdessos est parcouru plutôt lentement, entre 28 et 30km/h. Seul un courageux (ou un fou ?) se lancera seul à l'avant en
éclaireur.
En arrivant sur Vicdessos le rythme s'accélère. Nous sommes au pied du Port de Lers, les costauds ne vont pas tarder à se montrer. Je reste en seconde position puis rétrograde un peu pour prendre
les roues. A ce moment je vois passer Laurent Debaene, encore lui. La course est lancée ! Un petit groupe accélère très franchement, le peloton éclate sur cette petite route présentant des passages
à plus de 10%. Je m'accroche pour le moment pour laisser filer le moins de monde possible.
A mi-pente je relâche un peu, revenant à une allure plus sage compte-tenu de la suite du menu. Le petit groupe prend quelques dizaines de mètres d'avance mais ne roule pas beaucoup plus vite. Après
avoir repris un peu mon souffle je tente de rentrer mais alors qu'il ne me reste que 50m à boucher une nouvelle accélération secoue la tête et me fais perdre toute chance de les rejoindre. Pas
grave, il n'y a pas grand monde et certains sont déjà en train d'exploser.
Je suis seul pour le moment. Un second groupe est un peu plus bas, je gère mon effort pour le laisser revenir doucement. Ce sera chose faite en arrivant au sommet, plongé dans le brouillard.
Je prend le temps de me couvrir pour la descente qui s'annonce fraîche dans les nuages. Elle se fait bien, la route est bosselée mais relativement propre. Je prend la tête, comme j'aime, pour
m'assurer la meilleure trajectoire possible. Après quelques kilomètres une dizaine de veaux décident soudainement de traverser la route au moment où j'arrive sur eux. Gros coup de freins en hurlant
pour avertir les suivants. Les veaux terminent tranquillement de traverser en me regardant.
Je reprend la tête pour finir la descente et remarque rapidement qu'un seul coureur arrive à suivre, mais difficilement. Ce n'est pas la première fois, je commence à me demander si les progrès
faits en descente cet hiver ne sont pas plus importants que je ne le pensais.
Nous attendons le reste du groupe lorsque la pente se fait plus douce en nous ravitaillant. Des petits relais se mettent en place, ce qui est bon signe pour la suite.
Voilà Massat, premier ravitaillement que nous escamotons. En sortant du village, alors que l'allure est calme, un gars touche une roue, part en travers et chute lourdement. Le type devant moi fait
un gros écart pour l'éviter et percute ma roue avant. Je me vois déjà au sol mais j'arrive à rester sur le vélo et fini sur le bas côté. Comment suis-je resté sur mes roues ? Franchement je n'en
sais rien. Je remonte sur la chaussée et me relance en jetant un oeil derrière sur le gars qui est tombé. Il reste sans bouger au milieu de la route...
Demi-tour, je le rejoint et vois tout de suite qu'il est sérieusement touché. Il perd pas mal de sang, il a apparemment heurté le sol avec le menton. Je jette mon vélo puis le sien dans le fossé
pendant qu'une voiture de l'organisation arrive et prévient les secours. Il est conscient mais durement touché au visage. Je resterai avec lui jusqu'à ce qu'il soit évacué, plus d'une demie-heure
plus tard, tantôt discutant avec lui, tantôt canalisant les groupes de cyclistes qui se succèdent.
Je tiens d'ailleurs à dénoncer l'attitude de certains irresponsables qui n'ont pas ralenti, voir même qui ont pris des risques, non seulement pour eux mais aussi pour nous qui signalions
l'accident, en sprintant pour prendre la tête de leur groupe avant le ralentissement. VOUS ETES DE PROFONDS IMBECILES !!!
Entre-temps des collègues de club du malheureux Yves se sont arrêtés et ont pris le relais à ses côtés, mais je n'ai plus la tête au vélo. Je vais rentrer directement sur Tarascon avec deux d'entre
eux. C'est en repartant que je remarque que ma roue est voilée, je doit desserrer le frein au maximum pour pouvoir rentrer. Trois rayons sont fortement abîmés, je n'aurais de toute façon pas pu
continuer la course comme ça.
Retour très calme à la voiture, je vais prendre une douche encore secoué par cet accident. Puis je rejoins la ligne d'arrivée au moment même où les premiers du 165km la franchissent. J'attends mon
père qui en termine à la 209ème place en un peu plus de 6h30, temps qu'il s'était fixé.
Aux dernières nouvelles Yves souffre de plusieurs fractures à la face, mais ce n'est heureusement pas trop grave. Bon rétablissement et à bientôt sur les cyclos !
Quant à moi je perd dans cet épisode toute chance de grimper sur le podium du Trophée Label d'Or. Ma saison va donc prendre fin plus tôt que prévu, après l'Etape du Tour. Cela me laissera plus de
temps pour profiter de l'été en famille et commencer à préparer la saison prochaine qui marquera un tournant important dans ma pratique cycliste.
Reste donc deux objectifs d'ici fin juillet : dans une quinzaine de jours les Ventoux Masterseries. Si au départ l'idée était de faire ce que je pouvais, j'ai maintenant en tête le record de montée
sans assistance par Bédoin. Ce sera très dur, mais c'est dans mes cordes. Et enfin l'Etape du Tour. Je comptais la faire en "touriste"., ce n'est plus le cas. Ce sera la dernière de l'année, je
vais donner mon maximum sur cette montagne que je franchirai pour la première fois en course.